Ignatius Reilly est un bien curieux personnage... Trente ans, roux et massif, il porte toujours la même veste verte. Mais surtout, il n'a jamais quitté sa Maman, à la Nouvelle-Orléans, a terminé tardivement ses études et refuse toute incursion dans le monde professionnel sous prétexte que son anneau pylorique pourrait se bloquer... Son occupation principale : il écrit un livre qui raconte le monde tel qu'il le voit.Couverture

Malheureusement, Ignatius se voit contraint par sa mère à se lancer dans le vaste monde professionnel. Il enchaîne donc les expériences professionnelles toutes plus chaotiques les unes que les autres : secrétaire au sein des Pantalons Levy, tenus par un patron complètement désinvesti de son entreprise, il incite des employés noirs à la grève puis provoque un conflit judiciaire avec un partenaire de longue date. Vendeur de hot-dogs ambulant, il préfère aller au cinéma et accepte de garder un paquet compromettant. 

Pour terminer, il se retrouve mêlé à plusieurs étranges mascarades incluant un écrivain de la Renaissance, un perroquet, une discothèque miteuse tenu par une femme malhonnête et un fantasme créé de toutes pièces. Question fantasme, Ignatius entretient une relation épistolaire avec Myrna, sa petite amie du temps de l'université. Expatriée à New York, la jeune femme milite pour l'intégration dans la société par la sexualité et exhorte vertement Ignatius à se prendre en main. Et justement, à laisser parler sa sexualité. 

L'ensemble est majestueusement bien écrit, en reprenant l'accent de la Nouvelle-Orléans. Il y a de l'humour, du vrai, dans les descrptoins de ces personnages tous plus seuls et décalés les uns que les autres. Les dialogues aussi sont particulièrement savoureux, et au loin on sent pointer la désespérance qui devait être celle de l'auteur. 

Résultat de recherche d'images pour "john kennedy o'toole"John Kennedy O'Toole vivait lui aussi à la Nouvelle-Orléans, lui aussi avec ses parents. On ignore s'il était aussi étrange que son personnage fétiche, mais on sait qu'il exerça plusieurs années la profession d'enseignant et écrivit deux romans, dont celui-là, qu'il considérait comme un chef d'oeuvre. Dépité de ne pas être publié, il se suicida à l'âge de 31 ans. Et reçut le prix Pulitzer bien plus tard, en 1981. 

La Conjuration des Imbéciles est une oeuvre inclassable, mais qui mérite très certainement d'être lue.